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Les clés du bonheur

  Je suis dépourvu de foi.. | Page d'accueil

: Ajouté le 2/5/2008 à 15:28 Extraits du Nouvel Observateur : Semaine du jeudi 3 janvier 2002 - n°1939 - DossierQue de progrès, dans nos sociétés, depuis deux siècles! Et pourtant...Un entretien avec Boris Cyrulnik 

Le Nouvel Observateur. – Vous avez beaucoup écrit sur l’aptitude au bonheur de ceux que la vie paraissait condamner au malheur, ceux qu’on appelle les «résilients», les rescapés du malheur. Et beaucoup écrit aussi sur l’inaptitude au bonheur de ceux qui ont, comme on dit, «tout pour être heureux». Au fond, quel est cet état qu’on nomme bonheur?

 Boris Cyrulnik. – Je commencerai par une anecdote. Un jour, un labo m’a demandé de faire un enseignement postuniversitaire à des généralistes. J’ai proposé de noter pendant deux mois les phrases amusantes ou pénétrantes de mes patients, pour les commenter avec les médecins. J’en ai rempli plusieurs petits carnets. Parmi ces phrases, il y en a une qui revenait régulièrement et que je notais toujours avec le même étonnement: «J’ai souvent connu le bonheur, mais ça ne m’a jamais rendu heureux.» Comment expliquer cette phrase?«J’ai souvent connu le bonheur»: autrement dit, j’ai souvent connu des situations qui correspondaient à l’idée, à l’anticipation que j’avais de ce qu’il faut pour être heureux. Pauvre, je rêve que si j’étais riche, je serais heureux. Handicapé physique, je rêve que si j’avais mes deux jambes, je serais heureux. Ou bien encore – je pense à un patient particulier: si je suis reçu à mon concours (il a été admis dans une grande école), si je suis nommé dans le Midi (il a été nommé dans le Midi), si je peux travailler dans cette entreprise (il a été nommé dans cette entreprise), je serais heureux. Il a réalisé ses morceaux de rêve, donc il «a connu» le bonheur… et il n’était pas heureux. Parce qu’au cours de son histoire personnelle, il avait appris à ne pas être heureux.

Quand il était enfant, ses parents étaient très souvent absents; il avait vécu de longues périodes d’isolement, se réfugiant dans les livres pour échapper à la souffrance. Ce qui s’était imprégné ans sa mémoire, c’était une manière d’aimer insécure: on ne peut pas m’aimer, je ne suis pas aimable; la preuve, c’est que ceux que j’aime me laissent pour courir le monde. Donc si, par malheur, j’aime quelqu’un, il va me quitter. Comme c’était un petit garçon intelligent, il avait pu cacher sa peur de vivre et sa peur de la société en devenant anormalement bon élève. Grâce à quoi il avait réalisé ses rêves… et il était malheureux. Parce que sa mémoire était imprégnée d’une inaptitude à être heureux.

 

N. O. – Peut-être était-il malheureux, aussi, non pas malgré mais à cause de ses succès? N’y a-til pas une forme de malheur, ou de non-bonheur, qui vient de ce que l’accomplissement de nos rêves nous laisse en panne de désir?

 

B. Cyrulnik. – Beaucoup de gens, en effet, sont tristes après la réalisation d’un projet. Les étudiants, le lendemain d’un examen, disent: je flotte, ma journée est vide. Ils trouvent rapidement autre chose à faire parce qu’ils sont jeunes et qu’ils ont des plaisirs et des soucis: de quoi faire une vie. Mais beaucoup dépriment après un accomplissement. Un ami, qui venait de faire une très belle exposition de peinture, m’a dit récemment: c’est un bonheur et je sais que je vais avoir six mois de dépression…

 N. O. – Ne pourrait-on étendre le raisonnement et dire que notre société est «dépressive», selon le mot de Tony Anatrella, parce qu’elle a réalisé les grandes aspirations collectives de l’aprèsguerre?

Pour le plus grand nombre d’entre nous, nous vivons plus vieux et en meilleure santé, nous sommes bien nourris, bien logés, nous avons chaud l’hiver et frais l’été, nous sommes assurés contre la maladie, le chômage et la vieillesse, nous avons des voitures et des avions pour nous déplacer, des vacances plusieurs fois par an… Tout cela, qu’on appelle le progrès, paraissait un rêve inaccessible à nos arrière-grands-parents. Et nous voyons de plus en plus de gens sombrer dans ce qu’Alain Ehrenberg a appelé «la fatigue d’être soi»…

 B. Cyrulnik.– Tout ce que vous dites est à coup sûr vrai. Et on pourrait poursuivre l’énumération: les femmes maîtrisent la fécondité, donc elles peuvent devenir des personnes, participer à l’aventure sociale. Les performances sexuelles sont meilleures que jadis, et mieux partagées.Avant, l’acte sexuel, c’était un homme qui prenait du plaisir avec une femme anxieuse.Jusqu’aux années 70, deux femmes sur trois étaient frigides ou insatisfaites. Aujourd’hui, moins de 15%. L’acte sexuel, dans 86% des cas, c’est un homme et une femme qui partagent leur plaisir. C’est un immense progrès, qui est dû à la maîtrise de la fécondité, c’est-à-dire à une découverte technique suivie par une loi sociale.Mais ça, c’est le bien-être, ce n’est pas le bonheur. Il y a une fable de Péguy que je trouve très belle: la fable des casseurs de cailloux. Charles Péguy va en pèlerinage à Chartres. Il voit un type fatigué, suant, qui casse des cailloux. Il s’approche de lui: «Qu’est-ce que vous faites, monsieur?– Vous voyez bien, je casse les cailloux, c’est dur, j’ai mal au dos, j’ai soif, j’ai chaud. Je fais un sous-métier, je suis un sous-homme.» Il continue et voit plus loin un autre homme qui casse les cailloux; lui n’a pas l’air mal. «Monsieur, qu’est-ce que vous faites? – Eh bien, je gagne ma vie.Je casse des cailloux, je n’ai pas trouvé d’autre métier pour nourrir ma famille, je suis bien content d’avoir celui-là.» Péguy poursuit son chemin et s’approche d’un troisième casseur de cailloux, qui est souriant, radieux: «Moi, monsieur, dit-il, je bâtis une cathédrale.» Le fait est le même, l’attribution du sens au fait est totalement différente. Et cette attribution du sens vient de notre propre histoire et de notre contexte social. Quand on a une cathédrale dans la tête, on ne casse pas les cailloux de la même manière.   A SUIVRE….

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22/8/2008 - Commentaire sans titre

Posté par myroslavalyne

Bonsoir

Merci de ton passage

depuis ce matin

il pleut ,il mouille sur mon village

c'est la fête à la grenouille , n est pas là mienne ,

bonne soirée

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3/5/2008 - Commentaire sans titre

Posté par lacolombe

Bonjour, j’espère que tu vas bien

Je te souhaite avec ma sincérité

Un très bon week-end ensoleillé

Amitiés…

Marie-Louise

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